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Dialogues des Carmélites
Dans les dix dernières années de sa vie, Bernanos, sollicité par les luttes de l'actualité historique, n'avait plus écrit aucune œuvre d'imagination. A la veille de sa mort, il y est revenu avec les "Dialogues des Carmé- lites", composés au prix d'un labeur héro- ïque durant les premiers mois de 1948. Le sujet, emprunté a une nouvelle de Gertrude von Le Fort, lui en avait été proposé du dehors, puisqu'il s'agissait de textes desti- nés a un film. Mais ce thème de la Peur, conformée à la Sainte Agonie, correspon- dait à une préoccupation qui a toujours été le centre même de la vie spirituelle de Bernanos et plus que jamais en cet hiver où déjà il était la proie d'un mal mortel. Aussi a-t-il revécu de l'intérieur l'histoire des seize carmélites de Compiègne qui, sous la Ter- reur, eurent le loisir de se préparer longue- ment au martyre. Et, écrivant pour la pre- mière fois une œuvre dialoguće, Bernanos y a fait vivre des personnages- les deux Prieures, la Mère Marie, la petite Blanche, les autres sœurs qui ne sont pas moins vigoureux, pas moins inoubliables que les grandes figures de son univers romanesque.
Dernière oeuvre de Bernanos et pas des moindres. Le contexte de la révolution française lui sert de cadre pour exprimer l'abnégation et la foi. Dans cette pièce, il y en a pour tous, croyants et incroyants. Les premiers y verront des martyrs, fervents, connaissant la peur, humains finalement, comme le Christ au jardin des oliviers. Les autres verront inévitablement la force et la grandeur de ces filles qui vont à la mort en chantant. Elles n'ont pas choisi ce supplice et finissent par l'accepter. Bernanos veut démontrer que la confiance est salvatrice, comme l'espérance. Elles ne suffisent pas à l'homme mais le grandissent chaque fois qu'il est héroïque et cela quelles que soient ses convictions.